AGENDA

Exposition au MAHJ
"La splendeur des Camondo"

Mercredi 17 février 2010
à 17h45 visite commentée

Complet : Il ne reste plus de places pour le groupe AACCE
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Vendredi 12 mars 2010 à 20h00
au 14, rue de Paradis 75010- Paris
Conférence-débat
autour du livre de Michel DREYFUS

"L'Antisémitisme à gauche"



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Présentation

Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 11:38

MEMOIRE

« Halte ! »

 Un soldat, vert-de-gris, fusil à la main, se dresse devant nous.

 J’ai cinq ans, je suis dans les bras de ma mère et je demande à haute voix « Maman, c’est les Boches ? »

 Elle me serre très fort, m’embrasse et me dit « Non mon chéri, nous avons gagné, nous sommes en Suisse »

 Je me souviens que nous avions marché toute la nuit à travers bois. Nous étions une petite dizaine.

 Je me souviens d’un bol de chocolat chaud au poste des gardes-frontières, servis par plusieurs soldats impressionnants. J’ai appris bien des années plus tard que d’autres avaient eu beaucoup moins de chance que nous et avaient été refoulés ou directement livrés aux allemands.

 Puis nous avons été dirigés vers « le Camp du Bout du Monde » où des centaines de réfugiés, passés comme nous en fraude attendaient qu’on s’occupe de leur sort.

 Tous les adultes ont été dirigés vers des camps de travail.

 Et me voici donc, separé de mes parents, une grande étiquette autour du cou, (mon pedigree, en quelque sorte) présenté par une infirmière de la Croix Rouge à une dame qui deviendra ma « Schwitzer Mami »

 Une sainte femme.

Nous débarquons à Thusis, gros village du Canton des Grisons, où une ribambelle de gamins de mon âge est venue voire à quoi pouvait ressembler un petit réfugié, juif, français.

 Juif, ils ne savaient pas ce que cela voulait dire, moi non plus d’ailleurs, mais français faisait de moi un héros.

 Monsieur et Madame Ambühll n’avaient jamais eu d’enfants et dès les premiers jours m’ont considéré comme leur fils.

Leur nièce Vilma, cinq ans aussi, qui habitait tout près, m’a pris par la main en me disant dans une langue que je ne connaissais pas « Viens je vais t’apprendre le Schwitzer Deutsch »  et de fait en quelques semaines je me mis à parler couramment cette langue, tant et si bien que quelques mois plus tard je ne savais plus un mot de français.

Mon Schwitzer Pappi aimait se couper quelques tranches de saucisson avant le déjeuner, j’en raffolais aussi, mais à chaque fois il me disait « Si tu veux du saucisson, demande le moi en Français » J’en étais bien incapable et fondis en sanglots. Pour me consoler il me coupait vite  quelques tranches et tout rentrait dans l’ordre.

Il était Directeur de la petite scierie du village, la même que dans le film d’Enrico « Les grands Gueules » (avec Bourvil et Lino Ventura)

Je me revois escaladant les montagnes de troncs d’arbres descendus par les schlitteurs par les chemins enneigés. C’était le rendez-vous de tous les gamins de mon âge. Quel terrain d’aventures. !

Puis vint la rentrée des classes, et comme n’importe quel petit suisse, me voici affublé du sac à dos traditionnel faisant office de cartable.

J’eus la chance d’être assis en classe juste derrière Vilma. Je pouvais donc m’amuser à lui tirer ses longues nattes blondes jusqu’à la faire pleurer, d’où les nombreuses punitions auxquelles mon statut de réfugié ne pouvait rien.

 A Noël, toute l’école formait une grande chorale et nous nous donnions en spectacle à l’église (où le temple, je ne sais plus) du village.

 Puis, rentré à la maison, en pyjama, perché sur l’immense poêle prussien, en faïence nous attendions, Vilma et moi, l’arrivée du Père Noël.

 Il arriva dans sa grande robe rouge, un énorme sac sur le dos, d’où dépassaient deux jambes. J’étais effrayé. On m’expliqua que c’était un petit enfant qui n’avait pas été sage et que le Père Noël emportait avec lui dans la forêt pour le punir. Mais ce n’était pas notre cas, et nous étions submergés de jouets, tout en bois, que nous étalions dans toute la « Schtoub » jusqu’à une heure avancée de la nuit.

 En été, je me souviens que nous participions aux travaux des champs, dans un petit village montagnard voisin d’où était originaire la famille Ambühll. Notre travail consistait surtout à sauter du haut des meules de foin et à nous balader dans les charrettes tirées par d’énormes chevaux.

 Je me souviens, qu'un jour, un grand monsieur, barbu et tout de noir vêtu , comme dans les contes pour enfants, débarqua chez nous.

 On m’expliqua que la Communauté Israélite de Davos avait recensé tout les petits réfugiés juifs de Suisse et avait décidé de leur donner des cours d’Hébreu.

 Quelle punition ce fut pour moi ! Tous mes petits copains pouvaient partir à l’aventure sur les rondins de bois, et moi je devais me pencher sur ces signes incompréhensibles qui ne m’intéressaient en aucune façon.

 Le rabbi vit rapidement qu’il n’y avait pas grand chose à tirer de moi et la « punition » cessa au bout de quelques semaines.

Je n’ai vu mes vrai parents que deux fois en trois ans, une fois ils avaient été autorisés à venir me rendre visite à Thusis, et une fois c’est moi, qu’on avait envoyé dans leur camp de réfugiés à Vicosoprano, où mon père, en tant que boulanger, avait été désigné comme gardien de nuit, quand à ma mère, elle travaillait dans un atelier de confection à faire des uniformes pour les soldats.

A l’âge que j’avais à cette époque, je n’arrivais pas à comprendre quelle douleur ç'avait été pour eux d’être séparés de leurs enfants (mon frère aîné avait été placé dans une autre famille, à Landquart, Grisons) Mais au moins ils avaient la satisfaction de savoir que j’étais heureux et choyé dans cette famille d’adoption, et eux savaient ce qui se passait pendant ce temps pour les Juifs de toute l’Europe.

 J’ai été rapatrié en avril 1946, bien après la fin de la guerre, le temps que mes parents se réorganisent à Paris. Ma Schwitzer Mami en est tombée malade de rendre cet enfant que pendant trois ans elle avait considéré comme le sien.

 Bien des années plus tard, en retournant à Thusis, les anciens me racontaient à quel point la famille Ambühll avait été bouleversée par le sort réservé aux Juifs   

                                                                                   Loulou 

Par Loulou - Publié dans : La Lettre N° 58
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