AGENDA

Exposition au MAHJ
"La splendeur des Camondo"

Mercredi 17 février 2010
à 17h45 visite commentée

Complet : Il ne reste plus de places pour le groupe AACCE
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Vendredi 12 mars 2010 à 20h00
au 14, rue de Paradis 75010- Paris
Conférence-débat
autour du livre de Michel DREYFUS

"L'Antisémitisme à gauche"



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Présentation

Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /2007 13:29

Les trois exils. Dans ce livre très accessible et informé, important à plus d'un titre, Benjamin Stora embrasse une histoire de plusieurs siècles qui restitue la mémoire totalement singulière des juifs d’Algérie, celle dont on le moins parlé car elle s’est fondue avec celle des pieds-noirs.  Les Juifs d’Algérie eux aussi ont connu les exils et l’antisémitisme, ce dont n’ont pas toujours conscience les Juifs originaires de l’Est,  plus concernés par la Shoah que par les Juifs originaires de pays du Sud. L’historien, né à Constantine dans une vieille famille juive originaire de Khenchela, se penche sur les trois exils des Juifs d’Algérie en les illustrant par trois photographies introduisant chacune des parties de l’ouvrage.

Premier exil, le lent mouvement d'assimilation à la France des juifs d'Algérie, sanctionné par le décret Crémieux de 1870 qui leur offre la nationalité française. Une photo de famille de l’auteur prise en 1914 montre deux générations, celle des anciens encore vêtus « à l’indigène », et la nouvelle habillée à l’européenne, déjà pétrie de « francité », ce monde ouvert par le décret Crémieux. . Cette première rupture, en les arrachant à leur statut de « dhimmis » (protégés en terre d’islam), explique le profond attachement de cette communauté très hétérogène à la nation française et aux valeurs de la République. Mais en n’accordant l’égalité des droits qu’à cette seule catégorie d’indigènes et non aux Algériens musulmans, ce décret sera également à l’origine de la relation complexe et ambiguë qu’entretiendront par la suite les communautés juive et musulmane d’Algérie. En les détachant de leur statut de dhimmis pour les faire citoyens, la République les agrège tout en les détachant de leur milieu et de leur culture fortement arabisée.

 

Le deuxième exil, c'est Vichy qui le leur inflige avec l'abrogation d'octobre 1940 du décret Crémieux qui les relègue à leur ancien statut d'«indigènes» et les soumet à la législation raciste de Vichy.  La photo choisie montre en 1938 la famille de l’auteur lors d’un pique- nique à la campagne. Tous sont vêtus à l’européenne ce qui montre leur assimilation bien qu’ils conservent dans l’espace privé leurs traditions religieuses ce qui les distingue en cela des Juifs de France. « Cette photo est une photo de veille de cataclysme, d’inconscience et d’assimilation heureuse » remarque l’historien. En effet, la législation de Vichy appliquée avant même d'être publiée, leur interdit l’accès à certaines professions, leur barre l’entrée de l’école et de l’université par la mise en place de numerus clausus. Ce second « exil » constitue un immense traumatisme, renforcé par la violente vague d’antisémitisme qui traverse dès les années trente la population européenne d’Algérie française. « La grande majorité de la population européenne communiait dans un antijudaïsme plus ou moins violent dans son argumentation » relève l’historien Charles-Robert Ageron (1). Pourtant, relève Benjamin Stora, cette épreuve, si elle marque profondément la communauté, renforce paradoxalement son attachement à la France. Il faudra attendre néanmoins plus d’un an après le débarquement américain en Algérie pour que les juifs d’Algérie soient rétablis dans leurs droits. Cependant, traumatisme immense dont s’est souvenu Jacques Derrida « qui portait en lui plusieurs petites patries originales, celle de son enfance d’une apparente insouciante ensoleillée brisée par le régime de Vichy ; celle de la raison et de la croyance en une République égalitaire ; celle des rites religieux toujours pratiqués dans l’intimité du cercle familial ».Mais au sortir de laguerre, les juifs algériens ont le sentiment d’avoir  récupéré  leur identité française. Et pourtant écrit l’auteur « si l’insurrection  algérienne avait éclaté à la fin de l’époque vichyssoise , elle aurait sans doute attiré la sympathie d’un grand nombre de juifs, car pendant cette sombre période, les Algériens musulmans ne se sont livrés à aucun acte hostile envers eux ».

 

Une photo d’agence de presse montre en juin 1962 une foule anxieuse prête à embarquer dans le port d’Alger introduit le troisième exil, en 1962. Il les déchire car ils avaient un enracinement millénaire en Algérie, présents depuis la destruction du Temple, soit deux mille ans ! La deuxième vague est arrivée après 1492 et l’édit d’expulsion d’Espagne. Mais déjà se joue, dès le 8 mai 1945, à Sétif, le premier acte de la guerre qui conduira à l’indépendance de l’Algérie. L’assimilation a accompli son oeuvre, et les appels du FLN aux « compatriotes israélites » pour qu’ils retournent à leur « communauté d’origine » resteront lettre morte. Seule une poignée d’entre eux, communistes pour la plupart, épouseront la cause de l’Algérie algérienne. On peut ainsi citer Henri Alleg,, pseudonyme d’ Harry Salem, qui milita au sein du Parti Communiste Algérien et dénonça les tortures de l’armée française dans « La question ». Mais beaucoup de juifs d’Algérie vivent le conflit dans le trouble et la mauvaise conscience. Jusqu’au dernier moment, ils refuseront de croire à la perspective du départ. Mais un certain nombre d’actes et notamment le 22 juin 1961, l’assassinat du chanteur et musicien Raymond Leiris abattu par un  Algérien musulman, donnera le signal de l’exil.. À l’été 1962, au nombre de 130.000, ils se fondent dans la masse des Européens et quittent l’Algérie indépendante pour la France. C’est l’ultime exil, qui n’a pourtant pas effacé définitivement, nous dit l’auteur, les « origines  L’auteur rappelle que s’ils étaient des rapatriés, ils ont été très mal accueillis et que leur  mode de vie a été complètement bouleversé, socialement et humainement. « Non seulement nos concitoyens métropolitains restaient indifférents à notre malheur, mais ils méprisaient ces « pieds-noirs » que, dans leur imaginaire, ils assimilaient à d’affreux colons, seuls responsables de l’engrenage cruel de la guerre. Pour eux, nous étions tous riches et nous avions tous fait « suer le burnou ». alors que les petits artisans, employés et ouvriers étaient en  très grand nombre . D’autre part, les juifs d’Algérie se sentaient en porte à faux par rapport aux juifs européens dont ils ressentaient parfois un regard un peu condescendant car moins observants (NDLR des pratiques religieuses)et favorables dans leur ensemble à l’indépendance algérienne.

 

Ce livre nous fait découvrir que l’Algérie a connu des vagues d’antisémitisme importante. Vingt ans après le décret Crémieux, une « crise antijuive » débute à Oran, y culmine avec de terribles émeutes en mai 1897 et s’accompagne de persécutions diverses dans la vie quotidienne et officielle. À Alger, les émeutiers, des Européens pour la plupart, demandent l’abrogation du décret Crémieux « au nom du peuple en fureur. Le 8 mai 1898, Édouard Drumont, célèbre leader antisémite, est élu député d’Alger. Lorsque la première guerre éclate, 2 000 Juifs d’Algérie iront mourir sur les champs de bataille. Avec la deuxième guerre mondiale, le régime de Vichy abolit le décret Crémieux, dans un climat d'antisémitisme exacerbé et éjectent les juifs algériens de la communauté française. L’auteur cite  une « petite nuit de cristal » en 1940 à Alger et rapporte l’existence, en novembre 1942, au moment du débarquement anglo-américain, d’un plan d’évacuation des juifs d’Algérie, « liste de noms à l’appui ». A la guerre d’Indépendance, différents attentats contre des Juifs algériens émanant à la fois de musulmans mais aussi de l’armée française et de l’OAS, incitent ces derniers au départ.

 

Aujourd'hui, les juifs originaires d'Algérie et leurs enfants vivent dans une grande ambivalence : si la mémoire réelle de l'Algérie "d'avant" émerge peu à peu, si les souvenirs du "vivre ensemble" refont surface, il n'en demeure pas moins que la montée en puissance de l'islamisme, le conflit du Proche-Orient ou la multiplication des actes antisémites dans les banlieues réactivent les sentiments de menace et de solitude.  Mais conclut l’auteur, « cet héritage historique a réveillé en moi une mémoire longue de l’inquiétude. Et la certitude obstinée qu’il est possible d’être à la fois juif et français, républicain et comprenant les rites religieux, tournés vers l’Occident et marqué à jamais par l’Orient, par l’Algérie ».

 

Monique Kreps

 

(1)Les trois exils, Juifs d'Algérie de Benjamin Stora, Ed. Stock, collection Un ordre d’idées, 242p.19€..

Repères

 

Benjamin Stora naït à Constantine en 1950. Professeur des Universités, il enseigne l'histoire du Maghreb et de la colonisation française (Indochine-Afrique) et co-dirige l'Institut Maghreb-Europe de Paris VIII-St Denis. Il est l'auteur des Imaginaires de guerre . Algérie-Vietnam (Ed. La découverte).S'intéressant à la production et aux diffusions des images pour l'écriture de l'histoire, il a réalisé trois documentaires pour la télévision sur la guerre d’Algérie.

Par AACCE - Publié dans : La Lettre N° 60
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