AGENDA

Exposition au MAHJ
"La splendeur des Camondo"

Mercredi 17 février 2010
à 17h45 visite commentée

Complet : Il ne reste plus de places pour le groupe AACCE
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Vendredi 12 mars 2010 à 20h00
au 14, rue de Paradis 75010- Paris
Conférence-débat
autour du livre de Michel DREYFUS

"L'Antisémitisme à gauche"



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Présentation

Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /2007 11:37

Lors de notre dernière Assemblée générale nous avons décidé de prendre comme thème « fil rouge » pour l'année 2006 la résistance des Juifs en France durant la seconde guerre mondiale. 

 En continuation de notre histoire, liée à la CCE et l’UJRE, et dans la suite de notre exposition pour le soixantième anniversaire du soulèvement du Ghetto de Varsovie, nous voulons lutter contre cette tendance, partagée par les Juifs et les non Juifs, à penser que nos parents, nos grands‑parents, se sont laissés mener passivement à l'abattoir. Représentation à la fois inexacte, douloureuse et manipulatoire. Individuellement, collectivement, de façon organisée ou non, des milliers de Juifs se sont engagés, ont résisté, ont combattu. Nous en administrerons la preuve lors d'un colloque en octobre prochain et par une exposition entièrement consacrée à ce thème.  

  Le premier témoignage, ci‑dessous, de Max Weinstein, membre de l'Union des Jeunesses juives de la zone sud, est de ce point de vue exemplaire. 

 Ne laissons pas nos parents, nos grands‑ parents, et nous‑mêmes, enfermés dans une image fausse de passivité victimisante.     

                                                                                                 Jo Kastersztein

 Max Weinstein est né à Nancy en 1927 dans une famille juive de « commerçants non sédentaires » c'est‑à‑dire de forains. Son père, dont il n’ a pratiquement jamais rien su de la vie antérieure, était venu de Pologne au début des années 20 et avait été ouvrier dans les usines métallurgiques lorraines. Fréquentant peu ses compatriotes, il préférait les très anciennes familles juives  de Nancy, intégrées depuis fort longtemps. Les parents de Georges, Max et Charles travaillaient dur. L’ambiance fut sévère mais la famille avait le nécessaire. Sa mère Frida, respectueuse des traditions et fragille, a vu son état mental s'aggraver après les bombardements sur Nancy en mai 40 et sera internée définitivement peu après. Son père Galicien totalement apolitique, sera mobilisé dès 39 comme auxiliaire et muté à l'Arsenal de Roanne. Femme et enfants le rejoindront après un séjour à Aix‑en‑Othe dans l'Aube où disparaîtra leur stock entassé dans trois grandes panières ! Installés dans la caserne des  pompiers dans le plus grand dénuement, au milieu de la pagaille de l’exode, les Weinstein assistent à l'arrivée des Allemands dans la ville... 

    La vie se réorganise peu à peu , le père travaille sur les marchés et remplace vite son épouse internée, la scolarité des enfants reprend  mais Georges, l’aîné,  décide de partir à Lyon  . La famille est éparpillée d'autant plus que Max, subissant au  collège l'antisémitisme ambiant, le rejoindra en août 43.

 La Lettre : Comment vous est venue cette prise de conscience et la possibilité matérielle consistant à vous engager dans la Résistance, vous qui étiez très  jeune dans un milieu non politisé

 Max W. : Par mon frère ainé, Georges. Lorsqu'il venait nous voir à Roanne avec Félice, sa fiancée, je sentais bien qu'il y avait quelque chose de bizarre, de hors norme mais j'ignorais quoi. Leurs rép   onses évasives, leurs allusions pru­dentes me laissaient imaginer qu'ils agis­saient contre les collaborateurs, le régime de Pétain  et les Allemands. Ce n'était pas clair pour moi mais je voulais faire « quelque chose ». je l'ai rejoint à Lyon, il m a cédé clandestinement sa chambre à Villeurbanne. Nous avions des « vrais faux » papiers, nous nous appelions Chevalier... Max et Maurice... ! 

 

    C’ était pour moi, inconscient et si jeune, plutot amusant ! Notre logeur, ancien légionnairre, pétainiste convaincu, fulminait contre les étrangers, les communistes et bien sûr les juifs, responsables de ce désastre !

Mon frère m’a fait embaucher dans une usine de fabrication d'ascenseurs et m'a posé sans préambule la question: «Veux-tu faire partie d’un groupe de Résistance ? ». J'ai dit oui, sans hésitation. Il a poursuivi : « Il s'agit d'un groupe de jeunes Juifs communistes... »

  Ce dernier mot da fait sursauter  Communistes... ! Les hommes au couteau entre les dents ! J'étais imprégné de la propagande intense à laquelle nous étions soumis, totalement ignorant des tendances politiques. J'étais perplexe, tracassé mais aimais mon frère, j'avais confiance en lui. C'était un homme « bien », il ne pouvait pas me donner de mauvais conseils ! Il avait travaillé en usine et au contact d'ouvriers, de syndicalistes, de militants, il avait  adopté l'idéologie communiste. Il avait aussi fréquenté des jeunes Juifs de Nancy, de familles progressistes. Il a même épousé une fille d'une de ces familles juives nancéennes dont le père militait à la MOI d'avant‑guerre. 

 

   Alors j'ai dit oui et en septembre 43, j'ai adhéré au PCF . C'était un acte affectif, qui plus tard est devenu raisonné.

 La Lettre . Votre frère était engagé depuis longtemps ?

 Max W.: Depuis plus d'un an. Il était un haut responsable, un cadre régional. A Roanne, il s'était formé un groupe de résistants et il participait à ce qui deviendra l'UJRE et aux activités de la MOI, très active. Puis il avait été dirigé vers Lyon et il a fait partie du premier contingent des jeunes Juifs qui ont commencé

 à s'organiser. Peu nombreux au début, en août 42 ! Mais beaucoup de jeunes Juifs, fuyant Paris, s'étaient retrouvés dans la région lyonnaise. Ils vivaient comme ils pouvaient, d'expédients ou de marché noir et quelques uns se sont fédérés et sont venus rejoindre l'Union de la jeunesse Juive qui ne s'appelait pas encore de la sorte... Eux aussi, ces jeunes Juifs « voulaient faire quelque chose ».

 La Lettre . Quels types d'activités aviez‑vous

 Max W. : Au début, essentiellement de propagande, adressée à la jeunesse juive. Le nombre de Juifs après la débâcle avait considérablement augmenté. 

 Je me suis donc engagé dans les Groupes de Combats Juifs de l'UJJ de Lyon, partie intégrante de la Main d'Oeuvre Immigrée, la MOI. Le responsable aux cadres, Marc, en réalité Pierre Gluckstein, m’a « baptisé» : Gustave. Ce nom me reste encore aujourd'hui !

 Mon frère a été rapidement un haut responsable de l’UJJ Zone Sud avec d'autres bien sûr ! Contrairement à lui, je n’étais pas un chef mais un petit homme de troupe...

 Réunions, inscriptions, distributions de tracts, collages de papillons, propagande politique, prise de parole devant les usines puis journaux clandestins furent mes premières actions. Nous étions organisés en «triangle » :  le  responsable était un «politique » avec un militaire et un technique. Ceux qui « tombaient » étaient remplacés et nous changions fréquemment. C'était compliqué. Les directives étaient transmises lors des «contacts ».. L’armement, ce sera pour plus tard car au début l'UjJ ne menait pas encore d'actions armées. Nous étions très diversifiés. Pour simplifier nous avons tout regroupé, longtemps après, sous le nom de groupe : Carmagnole Liberté. La réalité était beaucoup plus complexe. L’UJRE a organisê ses propres groupes de combats et 1 UJJ, par mimétisme en a fait autant.

 Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que tout et tous étaient liés. Un jour nous faisions de la propagande, un autre des actions armées... suite logique. Ce n’était pas compartimenté, la confusion des genres était réelle.

 

   Cela a fonctionné ainsi jusqu’à l’insurrection de Villeurbanne le 24 août 44. J'ai participé à une bataille rangée avec des résistants de plusieurs origines contre les Allemands mais elle a échoué. Nous étions peu et mal armés, j'avais un vieux 6,35 !  Nous nous sommes retirés et regroupés ailleurs, harcelant l'armée allemande en déroute, jusqu’à la Libération.

  La Lettre : La.ieunesse  juive résistante que vous avez côtoyée, avait‑elle les mêmes engagements politiques que vous ?

 Max W. : Majoritairement oui . Ils ou elles étaient jeunes, Juifs et communistes. Cependant certains venaient d'autres horizons, nous rejoignant par solidarité et opportunité car ce n’était pas évident d'être organisé.

 

  Les autres mouvements de Résistance juive non communiste étaient vraiment modestes, par exemple les Eclaireurs Israélites de France regroupés  à Moissac étaient une poignée. L’Hachomer Atzaïr, progressiste, c'était pareil et son but était de diriger les jeunes Juifs vers la Palestine. Je suis étonné du bruit fait autour de l'armée juive, car je n'en avais jamais entendu parler jusqu à récemment.

 La jeunesse résistante juive était très majoritairement communiste... Rétablissons justement la mémoire!

 

 

 

                                                                                                      Christianne Galili

 Pour en savoir plus : Le Groupe de travail de l’UJJ et ses groupes de combats (zone Sud) a fait paraître en 2002 un recueil rassemblant des documents attestant de l'existence de l'UJJ, consultable dans les lieux de la mémoire juive et que l'on peut se procurer auprès de Max Weinstein ou par l'intermédiaire de l'AACCE. 

Par AACCE - Publié dans : La Lettre N° 56
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