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Publié le par AACCE

sur Arte

Mardi 5 mars 2013 à 20h50

Le documentaire

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Chacun à leur tour, ils racontent, intensément, quelque trente ans de lutte antiterroriste et de gestion désastreuse de la question palestinienne. Un flot d’aveux précis, circonstanciés, d’une remarquable liberté et d’une sidérante acuité. Six anciens chefs du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI, expliquent comment, depuis la guerre des Six Jours en 1967, dont la victoire vaut à l’État hébreu d’occuper Gaza et la Cisjordanie et de faire face à un million de Palestiniens, les responsables politiques n’ont jamais vraiment cherché à construire la paix. Une succession d’erreurs qu’inaugurent les mots d’arabe approximatif avec lequel les jeunes réservistes s’adressent aux populations des nouveaux territoires occupés, leur annonçant qu’ils viennent les « castrer », au lieu de les « recenser ».

"On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre"

Bavures, tortures, méthodes iniques de renseignements et de recrutement d’indicateurs qui amplifient la haine de l’occupé… Ils disent surtout l’absence de vision stratégique ; la résistance et l’hostilité des Palestiniens oubliés explosant avec la première Intifada ; le laxisme face à l’extrémisme juif qui anéantira, avec l’assassinat de Yitzhak Rabin, la seule réelle lueur de paix. « On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre », lâche Ami Ayalon, à la tête du service de 1996 à 2000, quand Avraham Shalom, le plus ancien d’entre eux, compare l’armée d’occupation à celle de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. « Quand vous quittez le Shin Beth, vous devenez gauchiste…», conclut avec ironie Yaakov Péri (1988-1994).

Nourri par de formidables archives et un travail visuel sophistiqué à partir de photos, ce réquisitoire exceptionnel, sorti en salles pendant la campagne des législatives en Israël, a eu l’effet d’une bombe. Déjà auteur d’un film sur Ariel Sharon, le réalisateur Dror Moreh croit fermement au pouvoir des images et c’est peut-être là l’un des secrets de la réussite de son audacieuse entreprise. Un manifeste passionnant de bout en bout, doublé du portrait de six hommes en proie au doute, mais animés d’un pragmatisme salvateur.

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The Gatekeepers
Documentaire de Dror Moreh (France/Israël, 2012, 1h35mn)
Coproduction : ARTE France, Les films du poisson , Dror Moreh Productions, Cinephil, Wildheart Productions, Macg uff, NDR, IBA, RTBF.

› Nomination à l’Oscar du meilleur documentaire 2013
› Meilleur documentaire 2012 : Los Angeles Film Critics
› Meilleur documentaire 2012 : New York Film Critics Circle Awards
› Top 5 des meilleurs documentaires 2012 : National Board of Review, USA
› Meilleur film de non-fiction 2013 : National Society of Film Critics Awards
› Mention spéciale au FIPA 2013
› Nomination pour le titre de Producteur de l’année : Guilde des Producteurs Américains 2013


Dror Moreh, le réalisateur
THE GATEKEEPERS

Dror Moreh, l'un des cinéastes israéliens les plus importants de sa génération, revient sur les motivations qui l'ont conduit à faire ce film et sur sa rencontre avec ces six "Gatekeepers". Dror-Moreh.jpg

Dans The Gatekeepers, j’ai réussi à interroger les dirigeants du Shin Bet, des hommes qui ont le pouvoir de façonner l’histoire depuis ses coulisses. Vivant dans l’ombre, c’est la première fois qu’ils s’expriment devant une caméra. L’idée de ce film m’est venue lors du tournage de mon précédent documentaire, Sharon. En discutant avec le cercle des conseillers du Premier ministre, j’ai appris que les critiques émanant de certains de ces Gatekeepers avaient beaucoup influencé Sharon dans sa décision d’évacuer Gaza.

"Personne ne comprend mieux le conflit entre Israël et les Palestiniens que ces six hommes"

Je suis allé trouver chacun d’eux et je leur ai demandé de me raconter leur histoire. Je voulais qu’ils témoignent sur leur vision unique du conflit israélo-palestinien. J’ai été tout autant stupéfait que ravi quand ils ont accepté. Cela me donnait une occasion unique, d’entrer dans le cercle intime des hommes qui ont conduit le processus de décision israélien depuis près d’un demi-siècle. Les Gatekeepers n’ont été avares ni de leur temps, ni de leurs informations. Certains sont de meilleurs conteurs que d’autres, mais chacun a une histoire à raconter, d’une voix très personnelle. Ils ont été présents durant toutes les périodes charnières de l’État d’Israël depuis la guerre des Six Jours. Jour après jour, quand je menais ces entretiens, je me voyais poser un regard incrédule sur ces soldats anonymes. Leurs histoires et leurs témoignages étaient souvent accablants. Je ne pouvais m’empêcher de me demander jusqu’à quel point je serais allé moi-même si j’avais été confronté aux dilemmes cruciaux qui constituaient leur quotidien. Je me le demande encore.

Personne ne comprend mieux le conflit entre Israël et les Palestiniens que ces six hommes. Quand ils parlent, les dirigeants les écoutent. Peut-être l’heure est-elle venue pour les Gatekeepers de s’adresser à un public plus large que le petit cercle des décideurs mondiaux. J’espère que ce film contribuera à initier ce dialogue.

Dror Moreh

DROR MOREH a débuté sa carrière en tant que chef opérateur et a été nommé trois fois dans la catégorie du meilleur directeur de la photographie à l’Académie du film israélien. Il est aujourd’hui l’un des cinéastes israéliens les plus importants de sa génération.



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