Mardi 14 novembre 2006
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MEMOIRE
UNE SEPULTURE SYMBOLIQUE
Le 14 mai 1941, en possession du « billet vert », 3700 Juifs convoqués, se rendirent dans les commissariats de police et présentèrent leurs papiers… 2000 se retrouvèrent internés à Pithiviers et 1700 à Beaune-la-Rolande.
Le convoi n° 6 raconté dans un très bel album, préfacé par Simone Veil, comprenait 928 Juifs enfants inclus dont 119 femmes et 809 hommes. Lettres, photos, témoignages rendent compte de ces vies inaccomplies. Henri Minczeles dont le père était dans le train, cite Vladimir Jankélévitch (revue d’Histoire de la Shoah 2005) : « Une plainte immense monte de la terre mélangée aux cendres de milliers de martyrs, elle nous supplie d’être fidèles, de protester et d’attester jusqu’aux siècles des siècles. »
Grâce à l’obstination, la perspicacité et l’énorme travail de Monique Novodorsqui ; grâce au talent de l’historienne Katy Hazan ; grâce aux spécialistes du Centre de Recherche et de documentation sur les Camps d’Internement et la déportation juive dans le Loiret et à sa directrice Hélène Mouchard-Zay ; grâce enfin aux survivants de la Shoah qui ont accepté de témoigner :
cet émouvant album est une importante contribution parmi d’autres, à la perpétuation de la mémoire des victimes de la Shoah.
« PITHIVIERS-AUSCHWITZ 17 juillet 1942 6h15 »
On peut se procurer l’album au CERCIL 2 cloître Saint-Pierre-Le-Puellier 45000 Orléans
cercil@wanadoo.fr 02 38 42 03 91
ou chez Monique Novodorsqui 91 rue du Cherche Midi 75006 Paris 01 42 22 10 08
ou au Mémorial de la Shoah 75004 Paris 01 42 77 44 72
Prix public : 22 euros
HISTOIRE
Les liens judéo-berbères …
Lorsque d’aventure, on se déplace en Algérie, dans la région travaillée par les revendications culturelles berbères : la Kabylie, plusieurs choses frappent immédiatement. Le mauvais état d’une des plus belles régions du pays, l’importance du bilinguisme berbère et français malgré l’arabisation forcenée, le nombre impressionnant d’hommes ayant séjourné en France et la sympathie voire l’empathie suscitée dans un grand nombre de cas par … les Juifs !
[…] Une option face à l’arabo-islamisme ?
Paradoxalement, la jeunesse kabyle algérienne est plus philosémite (avec toute la prudence que l’emploi de ce terme exige) que celle de France, instrumentalisée et dépendante des discours idéologiques associatifs, syndicaux et politiques concernant l’identité « beure ». Cantonnés par les pouvoirs publics et politiques français à l’arabité, le conflit israélo-palestinien prend pour eux des allures de Reconquista panarabiste, dont ils n’osent ou ne veulent pas s’affranchir.
L’épouvante qu’a représenté le FIS et ses égorgeurs pour les Algériens berbères majoritairement laïques les poussent à rejeter l’islamisme, à revendiquer plus que jamais leur culture « amazigh », à s’allier avec d’autres minorités, dont les Juifs, malmenées par des régimes hégémoniques.
Depuis Napoléon III qui en 1857 soumet la Kabylie et se fait appeler « L’Empereur de ce royaume arabe », les politiques dominantes françaises ont voulu faire croire à une Afrique du Nord arabe et enturbannée. L’orientalisme étouffant et inévitable d’Européens en mal d’exotisme rêvant à de permanentes Mille et une nuits a masqué une réalité complexe, antagoniste et beaucoup plus riche de diversités.
Car les liens judéo-berbères ne se réduisent pas au rejet de l’arabo-islamisme et au conflit du Proche-Orient.
La laïcité et la francophilie partagées par la majorité des Juifs comme par les Kabyles les rapprochent notablement. […] On pourrait multiplier les exemples de liens avérés mais plus important encore est le fait qu’ils plongent leurs racines dans le socle berbère préislamique lorsque de nombreux Berbères se judaïsèrent au contact de tribus juives, elles-mêmes berbérisées…
Des Juifs sépharades portent des noms typiquement berbères comme Timsit, Azoulay, Zemmour, Mellul, Azeroual etc…
Des traces très anciennes de la présence juive, bien antérieures à l’exode d’Espagne, sont repérables malgré la volonté d’oubli voire de négation de ce passé.
La seule évocation de la reine berbère Dihya dite La Kahina en dit long sur les affinités judéo-berbères.
En effet, au début du VIIIème siècle, cette reine indomptable parvint à réaliser l’unité des tribus berbères derrière sa personne, à remporter de nombreuses victoires et à résister aux envahisseurs Arabes. Finalement vaincue, elle fut décapitée. Mais le plus intéressant est certainement le fait que les récits la désignent Juive !
Berbères et Juifs sont des minorités peu ménagées par l’Histoire. Ensemble puis séparés, ils sont pourtant les seuls descendants authentiques des multiples peuples antiques disparus…
Pour finir sur un sujet qui nécessiterait un traitement beaucoup plus approfondi, remontons à l’année 1942, à la Grande Mosquée de Paris (qui n’était pas l’instrument quelle est aujourd’hui). La Résistance Kabyle s’organise autour d’elle. Une lettre circule demandant aux ouvriers nord-africains de cacher et protéger les enfants juifs traqués. Ecrite en kabyle, elle s’intitule : « Am arrach nne Y », en français : « Comme nos enfants »…
Christiane Galili
Cet article a été inspiré par deux contributions :
Septembre 05, Maxime Ait Kaki, universitaire, dans la revue L’Arche, auteur de « De la question berbère au dilemme kabyle » L’Harmattan 2004
2005 Elie Zaouchai pour Tohu Bohu revue de l’UEJF.
L’ASSOCIATION
Soirée WITZ
C’est toujours pour nous une merveilleuse surprise : la lassitude ne semble pas avoir atteint les fidèles de notre grand concours international du Witz !
En effet, chaque année, le succès est bien là, malgré les tsourès… mieux, les participants augmentent et certains d’entre eux changent. Des amis que nous voyons rarement venir à d’autres activités. Dommage !
Ce douzième rendez-vous 2006 fut un excellent cru. La salle pleine, de nouvelles vedettes, avec « l’acson » nous ont raconté nos grands classiques et des blagues inédites (si.. si.. il y en a !).
Madame Finkelstein, monsieur Goldberg, les enfants, les mères, les rabbins, l’argent, le tissu, les couples, les soldats, Dieu, le shtetl, les docteurs… tout le monde était là.
Les Matsot d’or, d’argent et de bronze ont été amplement méritées !
Allez… une petite pour patienter jusqu’en 2007 … :
« Moïshe dîne au restaurant Goldenberg rue des Rosiers. Il n’est pas content, la nourriture est infecte. Jo le patron vient vers lui en souriant :
- Alors, Moïshe, ça va ? Ti as bien mongé ?
- Non, ça va pas ! Jé lé pas bien mongé, lé repas il était dégoutonte…
- Commont ça dégoutonte ? lé repas ?
- Parfaitement… dégoutonte ! Et tva pondant la guerre, même l’étoile ti l’aurais pas i ! »
Vous pourrez tenir jusqu’en 2007 ?........
«…. IL FALLAIT FAIRE QUELQUE CHOSE CONTRE »
Entretien avec MAX WEINSTEIN
Max Weinstein est né à Nancy en 1927 dans une famille juive de « commerçants non sédentaires » c’est-à-dire de forains.[…]
La Lettre : Comment vous est venu cette prise de conscience et la possibilité matérielle consistant à vous engager dans la Résistance, vous qui étiez très jeune dans un milieu non politisé ?
Max W. : Par mon frère aîné, Georges. […] Ce n’était pas clair pour moi mais je voulais faire « quelque chose ». Je l’ai rejoint à Lyon […] Mon frère m’a posé sans préambule la question : « Veux-tu faire partie d’un groupe de Résistance ? Il s’agit d’un groupe de jeunes Juifs communistes… »
Ce dernier mot m’a fait sursauter ! Communistes… ! Les hommes au couteau entre les dents ! […] J’étais perplexe, tracassé mais j’aimais mon frère, j’avais confiance en lui. […]
Alors j’ai dit oui et en septembre 43, j’ai adhéré au PCF. C’était un acte affectif, qui plus tard est devenu raisonné.
La Lettre : Votre frère était engagé depuis longtemps ?
Max W. : Depuis plus d’un an. Il était un haut responsable, un cadre régional. A Roanne, il s’était formé un groupe de résistants et il participait à ce qui deviendra l’UJRE et aux activités de la MOI, très active.[…] Eux aussi, ces jeunes Juifs « voulaient faire quelque chose ».
La Lettre : Quels types d’activités aviez-vous ?
Max W. : Au début, essentiellement de propagande, adressée à la jeunesse juive. […]
Je me suis donc engagé dans les Groupes de Combats Juifs de l’UJJ de Lyon, partie intégrante de la Main d’Oeuvre Immigrée, la MOI […]
Réunions, inscriptions, distributions de tracts, collages de papillons, propagande politique, prise de parole devant les usines puis journaux clandestins furent mes premières actions. […]
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que tout et tous étaient liés. Un jour nous faisions de la propagande, un autre des actions armées… suite logique. Ce n’était pas compartimenté, la confusion des genres était réelle. […]
La Lettre : La jeunesse juive résistante que vous avez côtoyée, avait-elle les mêmes engagements politiques que vous ?
Max W. : Majoritairement oui. Ils ou elles étaient jeunes, Juifs et communistes. […] Les autres mouvements de Résistance juive non communiste étaient vraiment modestes […] Rétablissons justement la mémoire !
Pour en savoir plus : Le Groupe de travail de l’UJJ et ses groupes de combats (zone Sud) a fait paraître en 2002 un recueil rassemblant des documents attestant de l’existence de l’UJJ, consultable dans les lieux de la mémoire juive et que l’on peut se procurer auprès de Max Weinstein ou par l’intermédiaire de l’AACCE.
Par AACCE
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Publié dans : La Lettre N° 54
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